Fonctionnaire cravaté et statique dans son bureau, d?un côté ; collaborateur dynamique et mobile sur le terrain, de l?autre. Les différences étaient effectivement saisissantes. Mais la réalité est peut-être moins caricaturale. Avez-vous remarqué que si, à Genève, interrogé, le délégué affirme que les choses sont perfectibles, ce qui est confirmé par les étrangers à qui on donne la parole, à Bâle seul le délégué a la parole, qui dit que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes sans qu?un seul étranger soit interrogé pour le conforter ou ? l?infirmer ? Le seul étranger à qui on donne la parole à Bâle est cette tenancière de bar, qui plus est députée, qui s?oppose à un contrat d?intégration trop policier. Rassurez-vous, hélas : des étrangers en mal d?intégration, on en trouverait aussi à Bâle comme à Genève et partout en Suisse !
La réalité du terrain n?est pas si différente : à Genève aussi, des cours de langue ou de sensibilisation, ou d?instruction à l?usage de la poste et des transports publics ou au tri des déchets etc. sont donnés, mais ce sont des acteurs privés qui ont pris l?initiative de le faire depuis 20 ou 30 ans : l?Etat reconnaît l?utilité de leurs activités, puisqu?il les soutient par des subventions. Interrogés, ces acteurs le sont non pas sur ce qu?ils font, qui est aussi considérable qu?admirable et que l?on aurait aussi pu (dû ?) montrer, mais sur l?absence d?une coordination au niveau cantonal, ce qui engendre certainement des doublons, alors que d?autres besoins ne sont pas satisfaits. Et il est vrai que le Bureau genevois d?intégration des étrangers n?a pas encore aujourd?hui ni l?autorité, ni les moyens, ni encore la légitimité de coordonner les différents acteurs de l?intégration des étrangers : c?est toute la difficulté d?un Bureau qui a été créé, voici 5 ans, sur une réalité préexistante si riche.
Mais au total, je ne suis pas sûr que Genève fasse moins bien que Bâle, mais l?émission a de fait mêlé deux niveaux : le niveau de la commune de résidence, qui est le niveau où l?intégration doit se décliner et qui est le niveau où le délégué bâlois agit de fait, et le niveau du canton, où se définit la politique cantonale. La chance de Bâle, c?est que ces deux niveaux communal et cantonal se superposent presque (le canton de Bâle compte 3 communes, dont la ville de Bâle représente près de 90 % de la population et recense 59'000 étrangers), alors que le canton de Genève, qui recense 172'000 étrangers, compte 45 communes, dont la Ville de Genève représente environ le 42 %.
A dire vrai, la politique d?intégration est en Suisse comme à Genève encore balbutiante, et on est en train de découvrir que, pour accompagner l?accélération des migrations qui va de pair avec la mondialisation (l?Amérique du Sud, L?Afrique et l?Asie sont devenues nos voisines), il faut faciliter l?intégration des étrangers par une politique plus active.
C?est pourquoi, à la demande du Conseil d?Etat, j?ai développé, sur la base de mes entretiens avec les six collaborateurs du Bureau, et avec les innombrables interlocuteurs que j?ai rencontrés durant ces neuf mois (des communes, des associations d?étrangers, des partenaires sociaux) un projet de politique cantonale d?intégration. Vous pouvez le commander au Bureau de l?intégration des étrangers, au 022 327 84 99. Ce projet est à présent sur le bureau du Conseil d?Etat, qui lui donnera sa forme définitive et en tirera les directives tant attendues qui lui paraîtront s?imposer.
Pourquoi j?ai décidé de quitter mes fonctions ? Parce que j?ai voulu symboliser une rupture : si chacun est d?accord que l?intégration des étrangers est un objectif majeur pour notre pays, la poursuite du train-train actuel n?est tout simplement plus possible. A cet égard, il revient à tous les acteurs politiques (partis, législatifs et exécutifs communaux et cantonaux) de réévaluer leur volonté politique. Sinon, gare à demain !
Paul-Olivier Vallotton
Ancien délégué du Conseil d'Etat à lintégration des étrangers (GE)