Suite au visionnement (tardif) de l?émission de Temps Présent sur le scandale de la pédophilie dans l?Eglise, comme prêtre, je me permets de partager ces réflexions personnelles à qui voudra bien me lire.
J?affirme d?abord que je reste fier de mon Eglise qui est riche de personnalités magnifiques. Je suis fier de mon Eglise où chaque jour je vois des personnes honnêtes, généreuses et discrètes consacrer leur vie au service de leur prochain, des pauvres, des sans-droits, des chômeurs, des malades, des gens en quête de sens. Il y a des prêtres, des religieuses et religieux, mais aussi beaucoup de laïcs. Oui, dans mon Eglise, celle que je connais, celle où je vis, je rencontre chaque jours des personne qui, par amour, par cet amour du Christ qu?ils/elles ont reconnu et dont ils veulent se faire les témoins, sont artisans de réconfort, de solidarité, de fraternité. Ils sont l?Evangile (La Bonne Nouvelle de Jésus-Christ) qui continue aujourd?hui d?être annoncée aux pauvres, aux exclus de notre communauté humaine de plus en plus dure pour les gens fragilisés, parfois abandonnés sur les marges de la société de production et de consommation. Dans l?Eglise, j?ai découvert une philosophie de vie formidable. J?aime cette Eglise qui vit l?Evangile au quotidien.
Il va sans dire que j?ai mal, très mal à mon Eglise qui s?est rendue parfois coupable de graves abus sur des personnes faibles par quelques brebis galeuses qu?on trouve toujours dans toute société humaine. Je demande pardon à toutes les victimes de ces abus. Je ferai tout ce que je peux pour les aider à sortir de ce gouffre où des personnes de mon Eglise les ont enfoncées. Elles méritent notre attention plus que tous les autres êtres fragiles de notre société, car elles ont été enfoncées là même où on aurait dû les aider à devenir des hommes et des femmes forts, debout, capable de s?engager à leur tour. Au lieu de cela, on a cassé leur personnalité, leur dynamisme de vie. Nous, les membres de l?Eglise, on reste leurs débiteurs à vie.
Tout chrétien sait qu?il doit donner sa vie jusqu?au bout, à la suite du Christ, pour ses frères et ses s?urs, pour qu?ils puissent se relever quand la vie les a enfoncés. Et c?est ça que je vois d?abord tous les jours dans mon Eglise, discrètement, sans bruit. La forêt qui pousse ne fait pas de bruit. L?arbre qui tombe fait un grand fracas. Il fallait parler des arbres qui ont écrasé de jeunes pousses dans notre Eglise et autour d?elle. Il faut dénoncer cela sans concession. Il fallait faire arrêter le massacre.
Malheureusement, il y aura toujours des arbres qui tombent. « Il est inévitable que des scandales arrivent », disait Jésus (Luc 17,1). Mais ça fait toujours mal. Plus encore à ceux qui sont dans l?Eglise, croyez-moi ! L?arbre qui tombe fracasse les jeunes pousses dans sa propre forêt, pas dans la forêt voisine.
« Il est inévitable que des scandales arrivent, mais malheureux celui par qui le scandale arrive ». Je vais essayer de n?être jamais celui par qui le scandale arrive. Mais je sais que j?ai mes fragilités humaines, affectives, sexuelles, comme tout homme, comme toute femme. Avec prudence, je vais continuer à ?uvrer en Eglise avec toutes ces personnalités magnifiques que j?ai rencontrées dans l?Eglise, qui travaillent à ce que la Bonne Nouvelle de l?Evangile continue d?être annoncée. Je demande pardon pour toutes les blessures que j?ai déjà infligées par mes négligences, mes lâchetés, mes incohérences. J?espère qu?un jour on pourra reconnaître que j?ai ma place parmi les personnalités formidables qui font la fierté de l?Eglise, malgré leurs faiblesses. L?Eglise, c?est une formidable foule de pécheurs en route vers la sainteté. La sainteté, c?est la forêt qui pousse chaque jour, discrètement, sans bruit. Cette Eglise, rien ne l?arrêtera, car c?est le Christ ressuscité qui est au c?ur de sa vie.
Jean-Marie Oberson