La question du contrôle des médicaments et de la fonction d'une agence telle que Swissmedic est complexe et fait l'objet d'une attention légitime. Mais il est un peu dommage que la TSR ne s'y intéresse apparemment que sous une forme réductrice et un peu populiste, celle des conflits d'intérêts entre experts et industrie. Une collaboration étroite entre l'industrie pharmaceutique et médecins, le plus souvent universitaires, est indispensable aux progrès de la médecine. C'est cette collaboration qui nous apporté la plupart des médicaments qui ont permis d'allonger la durée moyenne de la vie de près de 20 ans depuis 1960. Mais cela génère également des conflits d'intérêts potentiels qu'il faut gérer. En pratique, en Suisse, comme dans tous les autres pays, environ 60% des experts, particulièrement dans le domaine des essais cliniques a été sous une forme ou sous une autre, en rapport avec l'industrie. Mais il ne faut pas mettre tout dans le même panier: contrats de consultant et rémunération directe, possession d'actions, ou financement de recherche et d'essais cliniques par le truchement d'institutions universitaires. En fait, dans le domaine des essais cliniques, un"expert" qui n'est pas ou n'a jamais été financé en partie par l'industrie ne peut guère être expérimenté et compétent. Mais il y a des règles du jeu, règles qui sont de mieux en mieux définies et observées. Il est tout à fait irréaliste et assez hypocrite de venir crier au scandale, sous prétexte de dysfonctionnements dus en fait à d'autres problèmes structurels, comme le décrit fort bien le récent rapport Debré /Even. S'achopper sur la possession par les experts d'actions pharmaceutiques est vraiment passer à côté de la plaque; en quelle manière s'imagine-t-on que cela puisse influencer une décision spécifique sur un médicament donné? Le lien entre marché et contrôle d'un médicament ne joue pour ainsi dire pas. Et que faire des fonds mixtes où la Pharma ne joue qu'un rôle partiel dans l'investissement?
L'accumulatiion récente d'affaires et de retraits de médicaments n'est pas le signe que le système fonctionne moins bien, mais en fait qu'il fonctionne mieux, du fait d'une pharmacovigilance accrue et plus efficace. La situation en Suisse est globalement tout à fait satisfaisante par rapport à nombre de pays étranger. La Suisse ne joue du reste qu'un rôle très mineur , car malgré son industrie pharmaceutique, elle ne représente qu'un très petit marché et n'est pas en première ligne dans le contrôle des médicaments. Elle est donc nettement moins soumise aux pressions que les grands marchés étrangers.
Pour ceux qui sont intéressés à une vue plus différenciée du problème que la vision réductrice de la TSR, je suggère le rapport Debré / Even ou mes considérations personelles basées sur une expérience de 30 ans au service de diverses agences du médicament en Suisse, Allemagne et USA ou auprès de l'Organisation Mondiale de la Santé. Voir en ligne:
/www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1568