Le long et intéressant message de chimneyrock2010 me donne envie de rebondir sur certains aspects en précisant des points précédents de la discussion.
- Distinguer les ultras des hooligans ne signifie pas qu?il existe deux catégories séparées et que tout individu ou groupe se classe forcément dans l?une de ces deux catégories (ou dans aucune des deux). Quand nous faisons, en tant que sociologues, cette distinction, nous ne cherchons pas à mettre des gens dans des cases (ce qui supposerait qu?il existe des frontières nettes entre elles) mais à rendre intelligibles divers styles de pratiques. Pour le dire autrement, dans l?espace du supportérisme, il y a plusieurs pôles, dont le pôle ultra et le pôle hooligan. Chaque supporter est plus ou moins proche d?un ou plusieurs pôles.
Ces considérations générales ont plusieurs conséquences.
- Les frontières entre ultras et hooligans ne sont pas claires et nettes. Ils ont certaines pratiques et valeurs communes. Parfois ultras et hooligans se battent ensemble. C?est-à-dire d?une part que des ultras peuvent se battre avec des hooligans d?un club adverse (voire de leur club). D?autre part que des ultras et hooligans d?un même club peuvent s?allier contre un adversaire commun. De plus, certains individus passent dans leur parcours de supporters d?un type de groupe à un autre : ils se définissent à certaines périodes de leur vie plutôt comme ultras, à d?autres plutôt comme hooligans. Certains groupes se présentent comme mêlant les apports du modèle ultra et du modèle hooligan. Etc. En résumé, ce ne sont pas deux mondes complètement étanches.
- Si les frontières ne sont pas nettes, il existe des différences significatives entre ultras et hooligans, comme je l?ai déjà abondamment noté. Je voudrais souligner ici que, contrairement à ce que beaucoup pensent, la différence n?est pas seulement que les ultras sont moins violents que les hooligans. La différence est plus fondamentale. D?un côté, les hooligans forment des bandes informelles cultivant le secret et centrées sur la violence. De l?autre, les ultras constituent des associations structurées, soutenant leur club, s?investissant dans le monde du football et acceptant, dans le cadre de leur compétition entre ultras, la violence. Le mode d?organisation, le rapport au football, la perception de leur rôle de supporters et la conception de la violence ne sont pas les mêmes ? même s?il y a quelques points communs.
- La violence fait donc partie intégrante du monde ultra. Quasiment aucun groupe ne la rejette. Mais ensuite, il existe des différences significatives entre ultras sur ce sujet. Certains sont très portés sur la violence, d?autres beaucoup moins. Auprès de nombreux groupes ultras français, j?ai pu constater que la régulation interne de la violence, dont parle chimneyrock2010, fonctionnait bien. De manière plus large, chimneyrock2010 note, à juste titre, que les ultras ne sont pas tous pareils. En effet, s?ils s?accordent sur certains grands principes, ils les interprètent de manières différentes, d?où une forte diversité interne au monde ultra (pas seulement sur la violence).
- Chimneyrock2010 reproche aux auteurs du documentaire d?avoir interrogé les pires des pires, des individus qui seraient peu représentatifs du monde ultra. Cet avis est à nuancer. Plusieurs groupes ont été interrogés dont le meneur des ultras de Bergame, très respectés dans le milieu ultra. De plus, comme d?autres internautes avant lui, chimneyrock2010 regrette que d?autres aspects que la violence n?aient pas été montrés dans le documentaire. C?est effectivement dommage. Mais les auteurs du documentaire ont essuyé des refus de la part de certains groupes ultras suisses. Par conséquent, les auteurs estiment que, s?ils avaient eu l?accord de ces groupes, ils auraient pu montrer d?autres visages et d?autres aspects du monde ultra.
En fait, on est face à un cercle vicieux. Les journalistes, de manière générale, sont plutôt incités à mettre l?accent sur les aspects sulfureux du supportérisme. Les ultras pensent que les médias leur sont hostiles et ne s?intéressent qu?à la violence : donc ils refusent de leur parler ou ils témoignent encagoulés ou ils n?acceptent de ne parler que des sujets consensuels (j?ai en tête un documentaire sur un groupe ultra français qui s?est transformé en publi-reportage). Et, quand les ultras acceptent d?ouvrir complètement leurs portes, ils retiennent surtout les mauvaises expériences, celles où ils ont ensuite eu le sentiment de s?être fait piéger (j?ai en tête un reportage français où ce sentiment n?était pas illégitime) ce qui renforce leur méfiance. Pour qu?un reportage présente de manière objective le monde ultra, il faut donc que les deux parties jouent le jeu. Sur ce forum, beaucoup d?ultras sont intervenus pour dire que les médias devraient dresser un portrait plus juste d?eux. Mais dans cette perspective, les ultras doivent aussi réfléchir à leurs discours publics et à leurs relations avec les médias. La balle est aussi dans leur camp.
- Pour finir, je crains, au vu des performances européennes limitées du club varois, que Chimneyrock2010 ne soit pas toulonnais.
- Distinguer les ultras des hooligans ne signifie pas qu?il existe deux catégories séparées et que tout individu ou groupe se classe forcément dans l?une de ces deux catégories (ou dans aucune des deux). Quand nous faisons, en tant que sociologues, cette distinction, nous ne cherchons pas à mettre des gens dans des cases (ce qui supposerait qu?il existe des frontières nettes entre elles) mais à rendre intelligibles divers styles de pratiques. Pour le dire autrement, dans l?espace du supportérisme, il y a plusieurs pôles, dont le pôle ultra et le pôle hooligan. Chaque supporter est plus ou moins proche d?un ou plusieurs pôles.
Ces considérations générales ont plusieurs conséquences.
- Les frontières entre ultras et hooligans ne sont pas claires et nettes. Ils ont certaines pratiques et valeurs communes. Parfois ultras et hooligans se battent ensemble. C?est-à-dire d?une part que des ultras peuvent se battre avec des hooligans d?un club adverse (voire de leur club). D?autre part que des ultras et hooligans d?un même club peuvent s?allier contre un adversaire commun. De plus, certains individus passent dans leur parcours de supporters d?un type de groupe à un autre : ils se définissent à certaines périodes de leur vie plutôt comme ultras, à d?autres plutôt comme hooligans. Certains groupes se présentent comme mêlant les apports du modèle ultra et du modèle hooligan. Etc. En résumé, ce ne sont pas deux mondes complètement étanches.
- Si les frontières ne sont pas nettes, il existe des différences significatives entre ultras et hooligans, comme je l?ai déjà abondamment noté. Je voudrais souligner ici que, contrairement à ce que beaucoup pensent, la différence n?est pas seulement que les ultras sont moins violents que les hooligans. La différence est plus fondamentale. D?un côté, les hooligans forment des bandes informelles cultivant le secret et centrées sur la violence. De l?autre, les ultras constituent des associations structurées, soutenant leur club, s?investissant dans le monde du football et acceptant, dans le cadre de leur compétition entre ultras, la violence. Le mode d?organisation, le rapport au football, la perception de leur rôle de supporters et la conception de la violence ne sont pas les mêmes ? même s?il y a quelques points communs.
- La violence fait donc partie intégrante du monde ultra. Quasiment aucun groupe ne la rejette. Mais ensuite, il existe des différences significatives entre ultras sur ce sujet. Certains sont très portés sur la violence, d?autres beaucoup moins. Auprès de nombreux groupes ultras français, j?ai pu constater que la régulation interne de la violence, dont parle chimneyrock2010, fonctionnait bien. De manière plus large, chimneyrock2010 note, à juste titre, que les ultras ne sont pas tous pareils. En effet, s?ils s?accordent sur certains grands principes, ils les interprètent de manières différentes, d?où une forte diversité interne au monde ultra (pas seulement sur la violence).
- Chimneyrock2010 reproche aux auteurs du documentaire d?avoir interrogé les pires des pires, des individus qui seraient peu représentatifs du monde ultra. Cet avis est à nuancer. Plusieurs groupes ont été interrogés dont le meneur des ultras de Bergame, très respectés dans le milieu ultra. De plus, comme d?autres internautes avant lui, chimneyrock2010 regrette que d?autres aspects que la violence n?aient pas été montrés dans le documentaire. C?est effectivement dommage. Mais les auteurs du documentaire ont essuyé des refus de la part de certains groupes ultras suisses. Par conséquent, les auteurs estiment que, s?ils avaient eu l?accord de ces groupes, ils auraient pu montrer d?autres visages et d?autres aspects du monde ultra.
En fait, on est face à un cercle vicieux. Les journalistes, de manière générale, sont plutôt incités à mettre l?accent sur les aspects sulfureux du supportérisme. Les ultras pensent que les médias leur sont hostiles et ne s?intéressent qu?à la violence : donc ils refusent de leur parler ou ils témoignent encagoulés ou ils n?acceptent de ne parler que des sujets consensuels (j?ai en tête un documentaire sur un groupe ultra français qui s?est transformé en publi-reportage). Et, quand les ultras acceptent d?ouvrir complètement leurs portes, ils retiennent surtout les mauvaises expériences, celles où ils ont ensuite eu le sentiment de s?être fait piéger (j?ai en tête un reportage français où ce sentiment n?était pas illégitime) ce qui renforce leur méfiance. Pour qu?un reportage présente de manière objective le monde ultra, il faut donc que les deux parties jouent le jeu. Sur ce forum, beaucoup d?ultras sont intervenus pour dire que les médias devraient dresser un portrait plus juste d?eux. Mais dans cette perspective, les ultras doivent aussi réfléchir à leurs discours publics et à leurs relations avec les médias. La balle est aussi dans leur camp.
- Pour finir, je crains, au vu des performances européennes limitées du club varois, que Chimneyrock2010 ne soit pas toulonnais.