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Subprimes

Le 2 octobre 2009 à 6:27 Répondre
Je reviens plus à propos de votre livre Mme Zaki.

Je pense que vous êtes d'accord avec moi, si on dit que l'UBS aurait dû s'éloigner du marché des subprimes en même temps que M.Costas et sa filiale DRCM. J'arrive tout de même mal à voir des bons côtés sur ce marché contrairement aux spécialistes car pour moi les débiteurs douteux restent douteux et ce risque me parait difficilement transmissible et vendable.

Je suis septique quand à l'évolution des créances reprises par la BNS ? quel est votre avis ?

Avec mes remerciements si vous acceptez de répondre à cette question et mes meilleures salutations.
3 réponses
Le 2 octobre 2009 à 11:21 Répondre
Vous avez raison, les débiteurs douteux restent douteux, le crédit à risque reste une approche - si l'on peut dire - un peu charognarde de l'investissement (en référence à l'expression "vulture capital", i.e. le rachat de sociétés en faillite avec le pari de les redresser). Mais les hedge funds en particulier trouvent ce type d'investissement alléchant pour la raison suivante: cette prise de risque élevée est très richement rémunérée par le marché (le coupon d'une obligation pourrie étant de l'ordre de dix fois supérieur à celui d'une obligation sans risque). Alors les spéculateurs s'amusent à parier que le marché surestime, à un moment donné, le risque de tel ou tel débiteur, et ils encaissent cette prime offerte par la peur de leurs contreparties, peur qu'ils acceptent, eux, d'assumer. Ce n'est pas pour rien qu'on compare ce type d'investissement au casino: dans les deux cas, on parie qu'on aura de la chance (ici, grâce au hasard, là, grâce à l'absence de défaut d'un débiteur défaillant).
Mais sur ce marché, un rendement mirobolant peut, d'un coup, se transformer en perte colossale (au moment de la faillite en série de milliers de propriétaires immobiliers suite à la hausse des taux), et c'est le moment du revirement du marché adossé à ces débiteurs que l'UBS a raté, faute d'avoir écouté l'équipe de Costas.

Les créances reprises par la BNS ne se revaloriseront jamais pleinement, à mon avis, et seront réalisées, au bout des 8 ans, avec une perte difficile à estimer (aux Etats-Unis, on parle de dépréciation entre 30% et 100% des plus mauvais actifs adossés à des hypothèques pourries). Une partie du portefeuille peut bien se redresser et réaliser des gains, mais ce ne sera pas l'essentiel, car les papiers susceptibles de regagner de la valeur ont été rendus pas la BNS (qui devait initialement reprendre 40 milliards de dollars, mais n'en a repris que 27) à l'UBS, afin qu'elle réalise un profit sur ces derniers.


Le 3 octobre 2009 à 16:38 Répondre
Je suis très satisfait de votre réponse, mais ma question était peut-être trop générale, que pensez-vous de la titrisation et du succès qu'elle a eu ou qu'on lui prévoit encore ? Est-ce uniquement dû à la forte rémunération des coupons d'obligations pourries ou existe-t-il d'autres avantages ? Merci de votre réponse Mme Zaki si vous êtes encore sur ce forum.
Le 3 octobre 2009 à 17:26 Répondre
Merci cher Monsieur. La titrisation en soi reste une très bonne idée, on ne peut le nier, puisqu'elle vous permet d'investir dans une tranche de crédit qui représente des milliers de débiteurs d'une certaine qualité (A, B ou C). Donc votre risque est réparti sur de nombreux débiteurs individuels et cela en soi est une révolution. Cette industrie a en effet de l'avenir. Le problème survient en fait quand ces crédits titrisés sont basés sur un marché hyperspéculatif, comme l'immobilier américain: là, à l'avenir encore, si ces crédits portent sur n'importe quel actif gonflé par la spéculation, la titrisation restera extrêmement dangereuse, car dans ces cas les tranches risquées (C) et celles censées être sans risque s'effondrent simultanément quand la bulle éclate. En outre, les pertes que vous essuyez sont démultipliées, puisque vous détenez, avec un CDO, des papiers titrisés plusieurs fois, qui ont donc un important effet de levier. Sans compter que le marché des papiers titrisés peut déstabiliser l'ensemble des marchés financiers et donc le reste de votre portefeuille actions, car les crédits titrisés sont négociés en gros volumes par les hedge funds et se prêtent aux stratégies de vente à découvert des spéculateurs. Les crédits titrisés pourront donc encore connaître de gros krachs. La règle première de l'investissement sera toujours valable: avec les crédits titrisés, il faut toujours se méfier de la surévaluation du marché sous-jacent, car une bulle fait plus mal qu'avec les simples actions.
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