Je voudrais ajouter un mot à propos du témoignage que j'ai mis sur le forum relatif à mon fils Julien. Il concerne la religion. Dans le reportage, il est question de l'attitude inadéquate d'un pasteur face à Alexandre. Mes trois fils ont été élevés dans la foi catholique. Benoît et Guillaume sont devenus indifférents à la religion, mais Julien est croyant : il se dit chrétien sans suivre aucune église. Son copain, lui, est athée. Lors de notre voyage à Rome, il n'a pas voulu entrer dans la Basilique saint-Pierre. Il m'a dit : "je n'entre pas chez des gens qui nous rejettent et je n'ai pas besoin de leur pitié". Il s'est mis à pleurer et son copain a voulu le consoler. J'aurais voulu qu'un prêtre voie cette scène très émouvante : ces deux garçons qui s'aiment d'un amour sincère et qui se soutenaient mutuellement. Il a ajouté un peu plus tard lorsque nous mangions : "cela t'arrangerait bien n'est-ce pas que j'entre dans une abbaye et devienne le "père Julien". Ainsi tout serait résolu. Tes deux aînés se marient et ont des enfants et le plus jeune, le raté, entre dans les ordres et ta réputation est préservée. Voilà comment on arrangeait les choses autrefois dans une famille comme la nôtre." Voilà ce que m'a dit mon fils de 17 ans. Il faut être très fort pour résister à tout ce qu'il me dit et qui vient de sa révolte intérieure et des contradictions qui sont en lui. Une autre fois il m'a parlé de ses pulsions sexuelles. Il m'a dit : "vous croyez que nous les gays on ne pense qu'au sexe et qu'il n'y a rien d'autre dans notre relation que le sexe". Cela montre bien les contradictions qui le tourmentent et la maturité de ce garçon qui ne supporte pas les non-dits et l'hypocrisie. Quand je dit que je veux qu'il suive la voie qui est la sienne, il ne me croit pas. Il dit que, au fond de moi, je pense autrement. Un jour qu'il avait des idées noires parce qu'il avait encore subi des moqueries, Julien est venu me dire :"Tu feras graver sur ma tombe ces mots : 'ci-gît la pierre rejetée des hommes, mais précieuse et unique aux yeux de Dieu'". Vous n'imaginez pas la richesse qu'il y a dans ce garçon. Il est tiraillé par des contradictions et doit essayer de concilier tout cela en lui pour trouver un équilibre. Mais je crois qu'il va s'en sortir et qu'il va arriver à surmonter tout cela. Si des parents peuvent me laisser des témoignages, je serais content. Pour le moment, je n'ai comme interlocuteur que la maman du copain de Julien, qui fait face elle aussi.
Je viens de lire votre témoignage et je suis très touché. Je suis prêtre catholique à Paris, où je m'occupe, avec d'autres prêtres, de l'aumônerie des étudiants des universités de Paris et d'une paroisse du Ve arrondissement. Je peux vous dire que je rencontre beaucoup de jeunes qui ont découvert leur homosexualité et qui sont mal dans leur peau et dans leur tête. J'ai consacré ma thèse de doctorat en éthique au problème de l'homosexualité et je dois vous dire que cela m'a pas été facile de faire accepter un tel sujet par ma hiérarchie. Plusieurs de mes professeurs ont plusieurs fois essayé de me persuader de choisir un autre sujet. Je comprends donc très bien que Julien se sente rejeté par l'Eglise catholique. C'est vrai que la hiérarchie de l'église a du mal avec tous les problèmes qui touchent la sexualité et l'évolution est trop lente. Le discours officiel de l'Eglise n'est plus en phase avec la réalité. Si j'avais été présent lors de la scène de la Place saint-Pierre que vous décrivez, j'aurais dit à Julien et son ami : si vous voulez rencontrer Dieu qui frappe à votre coeur, sachez qu'il vous attend. Je les aurais invités à entrer non pas dans la basilqiue, trop solennelle et trop chargée d'histoire, mais dans une petite église toute simple. Le Dieu révélé par Jésus Christ est un Dieu d'amour, Père et plein de tendresse. Cet amour infini vaut pour tous sans distinction aucune. L'action salvatrice de Jésus-Christ vaut aussi pour tous les hommes sans aucune distinction. Dieu se réjouit de l'amour et de la vie. Je l'ai encore rappelé hier à saint-Gervais. Donc quand vous voyez le garçon du reportage, Lucien, regarder avec amour son copain, c'est Dieu que vous voyez et peu importe si la personne qui est devant lui est du même sexe que lui ou de l'autre sexe. C'est l'amour qui compte.
Quant à l'homophobie, il y a malheureusement encore trop de préjugés. J'aurais beaucoup de témoignages à vous donner. Je me souviens de cette vieille dame, professeur de musique, de ma paroisse qui voulait déménager parce que deux gays étaient venus s'installer dans l'appartement voisin du sien. Elle s'est étonnée de ce que je ne les condamnais pas. Elle m'a dit : "alors, Père, si je comprends bien, vous prenez leur défense". J'ai dit à la dame : "cherchez à les connaître, parlez avec eux". Quelques semaines plus tard, elle est revenue pour me dire : "ces deux garçons sont formidables. Ils sont très cultivés. Et ils aiment la musique... Alors, dit-elle, je les ai invités chez moi." Voilà l'action que j'essaie de faire au quotidien dans ce cas comme dans d'autres. Mais je connais aussi des situations très douloureuses : je pense à ce garçon, étudiant à Paris I, qui est rejeté de sa famille et qui travaille pour financer ses études. Il m'a dit que tous les Noëls il passe devant l'immeuble de ses parents et regarde la fenêtre où toute sa famille est réunie. J'ai essayé de dialoguer avec son père, mais j'ai été mis à la porte. Alors Alexandre, Noémie, Lucien et Julien, sachez que vous avez de la chance d'avoir des parents comme les vôtres. Bonne chance à vous tous.